Anton Pann – Histoire Du Proverbe

HISTOIRE DU PROVERBE

Des défauts

Il n’est homme sans défaut,
Chacun une étiquette a sur son dos.
Il voit celle de l’autre et ne voit guère la sienne.
Chacun se croit plus sage que l’autre.
Chacun trouve son enfant plus beau ,
Si impossible qu’il soit.
Ce qui est beau porte malchance.
Chacun tire la couverture à soi.
Il est facile de juger l’autre,
Chacun se moque de l’autre et le diable de tous.
Le diable moque les colombes noires et soi-même ne se voit guère.
La langue du monde, seule la terre la fait taire.

HISTOIRE DU PROVERBE

Dit-on qu’il fût un fois un prince
Affublé d’un nez très peu mince.
Il voyait bien, lui-même, le défaut en question,
Mais il pensait que peut-être c’était une impression.
Ses sujets et ses proches, là-dessus questionnés,
Sur sa bonne figure l’avaient tous rassuré,
Car, qui ose à un grand du monde
Dire vertement ses défauts incommodes ?
C’est à la même époque et dans la même ville,
Que vivait une dame bossue et plutôt ville.
Or, des flatteurs l’avaient persuadée
Qu’elle était aussi belle qu’un rayon de lumière.
De poèmes et de vers, ils l’avaient couronnée
Et se croire une déesse l’avaient encouragée.
Celle-ci alla un jour à la cour, au palais,
Ayant avec quelqu’autre un procès à régler.
Mais voyant que le prince n’était pas disposé

A soutenir sa cause, comme elle l’aurait aimé ,
Lui coupant la parole, elle dit tout étonnée :
«Oh, mon prince, que vous avez un gros nez !
Le prince par ces propos fut piqué,
Mais sur le coup, rien ne fut répliqué.
Celle-là cependant, croyant qu’il n’avait pas saisi,
En d’autres mots lui répéta son dit.
Le prince, une fois de plus, avala de travers ;
Mais elle ne cessa point de piquer son orgueil
Et de redire encore : Quelle étrange chose !
De ma vie je n’ai vu un nez aussi grandiose !
Le prince durcit le ton : « Madame !
Savez-vous que vous êtes une bien curieuse personne !
Que me dites-vous sans cesse que j’ai le nez trop gros,
Et que ne voyez vous la bosse sur votre dos ?
Votre énorme défaut, vous ne le sentez guère,
Mais voir celui des autres, vous n’avez nulle peine.
Comme elle quittait les lieux , sortant dans le couloir
Le prince dit encore, regardant son miroir :
«Ce n’était pas mensonge, ce que le sage disait,
Que bien difficilement l’homme soi-même se connaît.

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