Anton Pann – Le Sultan Et Le Pecheur

Dit-on qu’un sultan, une fois, qui souvent déguisé se promenait,
Voulant au bord de mer aller prendre un peu l’air,
Y vit un homme assis, à pêcher du poisson
Et par curiosité, de lui en s’approchant,
Commença à lui faire la conversation, lui poser des questions
Ainsi : « Mon ami, as-tu pris du poisson où non ?
L’homme répond : « Faible capture, comme-ci, comme ça, un rien ! ».
Quelque menu fretin, comme dit le proverbe :
« L’hôte ne mange pas ce qu’il veut, il mange ce qu’il trouve ».
Et puis
« Qui n’a pas une belle, embrasse une morveuse
« Ou « qui a fait fi des fraises, en mange les feuilles »
« Il mange des fruits sauvages et se moque des olives ».
Le sultan, le voyant pauvre et la langue bien pendue, prit plaisir à lui parler et lui demanda encore :
Le sultan – D’où viens-tu ?
Le pêcheur : De chez la femme.
Le sultan : De quel pays ? Quelle est ta patrie ?
Le pêcheur :La patrie de l’homme est là où il est bien.
Le sultan : As-tu des enfants ?
Le pêcheur : Un dans les bras, l’autre dans les entrailles.
Le sultan : As-tu quelque fortune ?
Le pêcheur : Le proverbe en témoigne :

« Ce qui est sur moi est dans mon coffre ».
Le sultan : Pourquoi es-tu pauvre ?
Le pêcheur : Je suis pauvre parce que je ne suis pas riche.
Le sultan : Comment vis-tu ?
Le pêcheur : Regarde mon vis et tu sauras ma vie .
Le sultan : Es-tu malheureux ?
Le pêcheur : La chance me suit, comme la poussière suit le chien.
Le sultan : As-tu de l’aide chez toi ?
Le pêcheur :Je suis seul à m’échiner
Le sultan : Est-tu pauvre de naissance ou bien ruiné ?
Le pêcheur : Si mon père fut un Monsieur et je ne suis pas un homme, à quoi bon ?
Le sultan : Je te vois ruiné, mais tu ne t’en plains pas.
Le pêcheur : Le tort que l’homme se fait lui-même, personne ne peut le défaire.
Le sultan : Si l’enfant ne pleure pas, sa mère ne lui donne pas la tétée.
Le pêcheur : Le temps que l’envie vienne au riche, le pauvre expire. Celui qui a déjà bien mangé ne croit pas au malheur de celui qui a faim.

Alors souriant, le sultan amusé,
Sort son portefeuille, écrit un mot et lui dit :
Le sultan : Prends ce billet et va vite chez mon vizir,
Pour qu’il te donne mille lei. Vas et ne perds pas ton temps.

Ce n’est qu’en prenant le billet que le pêcheur vit
Qu’il avait parlé au sultan et qu’il ne l’avait pas reconnu.
Il en resta, le pauvre, tout étonné,
Puis, finalement, il se souvint qu’il n’avait même pas remercié .
Il s’en alla donc d’un seul souffle, le cœur battant,
Jusqu’au vizir, sans rien comprendre ;
Il entra, lui remit le billet et le vizir le lut,
Lui comptant cinq cent lei et le priant de les accepter.
Car
« Qui partage, fait sa part »
Et
« De la gueule du loup, il est difficile de tirer une chose entière ».
Voyant qu’il ne lui donne pas tout, il lui dit : « Comment donc ?
Mais le vizir dépité répondit : « Alors quoi, tu n’es pas content ?
Le pêcheur : « Tu me les as prêtés et ne veux plus les prendre ? »
Et ordre on donna qu’il fut poussé dehors, disant :
– Je ne te donne rien, si tu n’es pas content
Et tant le pêcheur avait eu de joie à l’aller
Avec autant de tristesse chez lui il rentra.

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