Grigore Alexandrescu – Le rossignol et l’âne

Un rossignol très malheureux
Chantait au bois sa grande douleur
Toute la nature l’écoutait
Et le silence autour régnait.
D’autres à ma place décriraient bien
Les tons sublimes qui sont les siens
Cette voix si souple, aux mille contours,
Qui d’un souffle légèrement
Monte et descend si tendrement
Plein de douceur et d’amour.

Je dirai, moi, que l’éloignement
Des souvenirs et regrets cuisants,
Que l’injustice et l’infâmie
Etaient l’objet de son beau chant.

Un âne grave qui l’écoutait
En juge sévère de son talent
Baissait la tête puis redressait
Parfois l’oreille condescendant.
Enfin, sentencieux il s’avance
Et d’une belle suffisance:
“ Je fus, dit-il, ici présent,
Mais je n’aime pas vraiment ton chant. ”

“ Pourtant l’espoir n’est pas perdu.
Si ce n’est pas trop difficile,
Accepte une leçon de mon cru
Et prends exemple sur mon style.

Sur quoi gaiement il s’égosille
En une chanson tellement grossière
Que devant cette dure harmonie
Terrifiée fut la forêt entière.

Sans se gêner, le rossignol
Lui dit alors: “ Quelle leçon !
Même la suivrai-je, ma parole,
Jamais un âne je ne serais, mon bon.

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