Ion Heliade Radulescu – Une nuit sur les ruines de Targoviste (1836)

Le soleil sur les collines brille encore un petit peu.
Ses rayons de rouges rubis annoncent le couchant,
Et le soir qui nous guette de sous chaque rocher,
Doucement étale son ombre plus haut sur le ciel bleu.

…….
Sur le sourcil de la butte, sur son front ravineux,
Un nid d’aigle ancien, un lieu de foi ardente
Conserve le souvenir d’une nuitée sanglante
Qui fortement ressemble à mon cœur ténébreux.

……….
Je ne suis pas là ,oh, ombres, pour troubler votre paix.
Mon âme égarée court parmi vous ici ;
C’est mon repos aussi que votre lieu de vie ;
Je suis moi-même une ombre poussée par le malheur.

……….
Je chante en pleine nuit vos victoires d’antan,
Et sur vos tombes là je tresse des lauriers ;
Victoires, faits de bravoure, et sentiments guerriers
Je recommande au monde, j’annonce à vos enfants.

La plaine, là, me montre les orgueilleuses guerres
Et combien de triomphes sur ces buttes on fêta ;
La rivière peut nous dire combien de sang ici
Par les siècles passés ses ondes ont porté.
….
C’est là que Radu Negru, – dit une voix sonore –
Installa son vieux trône, le brave au bras d’airain ;
Tout Valaque près de lui, sous sa bannière alors
Défendait sa bonne terre avec un cœur roumain.

A la tête d’une armée, le brave Mircea crie fort ;
Inspire du courage à ses roumains soldats ;
Il diminue l’orgueil de Murat, en vainqueur
Et le pays est libre du Danube aux Carpates.

Le Balkan à ses pieds vit les fils du Croissant
Battus, chassés, fuyant, cherchant à se sauver ;
Le Danube est témoin du prix de ces lauriers
Que les fils de Roumains arrachèrent vaillamment.

Je vois en Moldavie, la gloire des Romains
Renaître sous Etienne le Grand et les Anciens
Revivre à nouveau ; la bravoure en son temps
Exhortait les Roumains à battre les tyrans.

Au château fort de Neamt, je vois une héroïne,
Moldave en toute chose, spartiate par son courage
Démontant la lâcheté étrangère au Moldave,
Et préférant la mort plutôt que la ruine.

Ici Michel le Brave éveille la vigueur,
Ses étendards au vent s’agitent déployés.
Sous sa bannière il range toute la roumaine nation
Les clairons sonnent fort, les braves sont légion.

Les Buzescu commandent, les Tartares ils effraient,
Le Khan mord la poussière à leurs pieds de vainqueurs.
Calomfirescu brûle de leur belle renommée
Et son bras pousse le fer avec plus de vigueur.

A sa voix de guerrier les forteresses s’écroulent,
En son oeil la bravoure est un feu dévorant.
Père Fàrcas, lui, brûle et sa croix haut brandit :
En commandant d’armée et en prêtre vengeur.

Le Pacha à longue barbe commande la retraite,
Et Manaf le barbare, le dur, perd tout courage ;
L’Arabe ivre de sang enchaîné, fou de rage…
De janissaires cruels le champs d’bataille est plein.

Le Danube est la tombe de l’armée musulmane ,
La croix triomphe en plein et le Christ est vengé ;
Le Roumain terrorise l’orgueil des Ottomans :
Le porteur de la croix triomphe à jamais.
…..
Oh, murs ! tristes vestiges de la gloire ancestrale !
Oh, tour ! par où mille fois le regard vit au loin
La victoire donnant des ailes à cette armée roumaine,
Dans vos muets soupirs, que de choses vous me dites !

Cette mousse verdâtre que le temps fait pousser,
Ces mauvaises herbes là qui seules ici poussent,
Eveillant la bravoure au regard des esclaves.

Oh, intrépides guerriers ! lorsque la feuille soupire
Et lourdement gémit, le vent en dessous des voûtes,
C’est votre nom pareil à une onde limpide
Qu’ils murmurent et qu’ils glissent dans ces murs crevassés.

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