George Cosbuc – L’hiver au village

Il s’est mis à tomber hier
Deux-trois flocons. Mais c’est fini.
Les nuages sont moins gris
Vers l’occident, ils s’agglomèrent
Sur le pays.

Sans soleil, il fait juste bon
La rivière est en fumée,
Le vent maintenant s’est calmé
Et un grand vacarme monte
De la chaussée.

Sur leurs luges une bande d’enfants
Descendent la côte en gaieté
Et de rire et se vautrer
Dans la neige se prosternant
Bon gré, mal gré.

Quel boucan! Comme un moulin
Tous ensemble ils font du bruit,
Comme à travers les haies de buis
Les moineaux se chamaillent pour rien
Avant la pluie.

Les grands se cherchent querelle
Et prêts à s’empoigner s’emportent
Les petits que la faim porte
Pleurnichent sans qu’on les appelle
Devant leur porte.

Près du coin voici paraître
Un bout d’homme haut comme un point.
Ses pas sont d’un pouce pas moins
Il est petit à croire peut-être
Qu’il n’est point.

Sa veste balaie par terre,
La traîner à peine il peut.
Cinq comme lui entrent en son creux
Le vent peut souffler, mon père
Tant qu’il veut!

Messager il parait être!
Sa mère au village l’envoie,
Très important il se croit
Il s’élance et veut paraître
Un homme déjà;

Il tombe, se relève sitôt
Repoussant vers sa nuque naine
D’un agneau entier la laine,
Un bonnet fourré plus gros
Que lui même

Nageant dans les neiges il avance,
Mais soudain les yeux brillants
Il s’arrête net voyant
Arriver la meute dense
Des enfants!

Vite il cherche un refuge
Un détour, il est perdu,
Mais les enfants déjà l’ont vu!
Et ils foncent sur leur luges
Bride rabattue.

« Regarde-moi donc quel bonnet
Gros comme une journée sans pain
Il porte un ours, ce malin,
Sept village y entreraient
Pour le moins! »

Certains se moquent de sa tête
D’autres aimables, mine de rien,
Ont juré sans goutte de vin
De faire perdre toute sa tête
Au bon chrétien!

Voici un vieille qui s’amène
Avec une veste déchirée
D’une corde de tilleul ceinturée
Elle s’arrête soudain amène,
Etonnée.

Puis en colère, mais, en vain,
Elle défend le Petit Poucet
– Vous êtes bien fous à lier!
Pauvre chat, donne-moi ta main
Pour t’en tirer!

Vous voulez avec des pailles
Eteindre une meule de foin
Qui a flambé. C’est pas roumain!
La vieille trouve dans cette marmaille
Un dur parrain

Comme une chouette on l’entoure
On lui fait cortège de cris
Sans lui donner de répit
Pleine est la ruelle autour
De leur bruit.

Pas moyen de leur faire suivre
Leur chemin de leur plein gré
Ils rient et sautent à cloche-pied
Ils tournent, crient et, les poursuivent
Acharnés.

La vieille a perdu la face:
Elle frappe, jure, joue des mains.
– Diables, êtes-vous des païens?
Oh! Bonne mère! Il faut une masse
Comme pour les chiens!

Avec son bâton elle tourne
Pour dégager une allée
Mais à peine son chemin elle fraie
Que la foule y retourne
A toute volée.

Ainsi toute la bande avance
Dans un terrible boucan;
La vieille, capitaine du clan,
Se signe cherchant défense
Contre Satan.

Les chiens sont de la partie.
Ils sautent, aboient excédés,
Les femmes viennent regarder,
Des vieux sortent de leur taudis
Etonnés.

« Quel est ce vacarme qui monte de la rue? »
Ce n’est rien. Des gosses braillards
Ca alors, quel tintamarre!
On dirait une cohue
De Tartares.

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