George Cosbuc – Les Noces De Zamfira

Longue est la terre et large assez;
Mais comme prince Flèche le fortuné
Jamais on n’aura vu de tel;
Et il avait une fille – si belle –
Comme une image sur un autel
A adorer.

Donc si fort courtisée elle fut,
Il n’y a là rien d’imprévu.
Et de la suite des chevaliers
Qui franchirent le seuil du palais
Ce fut bientôt le mieux aimé
Qui fut l’élu.

Le bien-aimé. Lui! Arrivé
Des tréfonds de l’Orient rêvé!
C’était un prince charmant et jeune
Et la belle lui offrit son coeur,
Car c’était Viorel, lui seul,
Sa destinée.

Le bruit alors partit courant
Aux quatre coins du continent
Qui sembla mince en sa largeur
Lorsque volèrent, coururent rageurs
Ces mots qui sont plus voyageurs
Que n’est le vent!

Hier partie de chez les voisins
L’étranger la nouvelle atteint,
Dès ce jour-ci et à la ronde
Dans chaque terre en princes féconde
Elle laissa les grands de ce monde
De joie empreints.

Alors quittant leurs trônes, alertes,
Rois, empereurs se mirent en fête,
Vêtus de pourpre et de velours.
Les dames mirent leurs beaux atours,
Vite arborèrent tous leurs bijoux
Pour y paraître.

Et lorsqu’enfin fut arrivé
Le jour de noce bien annoncé
On vit venir par vaux et monts
Du large cercle d’horizons
De quatre-vingt pays en rond
Les invités.

Dès que pointa l’aube vermeille
Vinrent, craquant sous leurs corbeilles,
Demoiselles et damoiseaux;
Par chemins lisses, par monts et vaux,
Grandes calèches à quatre chevaux
De vrais soleils.

Du plus profond du monde connu,
De tout endroit su ou bien vu
Soleil levant, soleil couchant,
Venaient essaims de rois puissants
Couronnés et hermine portant,
Comme y’en n’a plus.

Gruia le vieux baron arrive
Avec dame Sanda et leur fille,
Tintesh le bien installé
Et dame Lia sont arrivés
Et Bratesh au château perché
Dans les montagnes grises.

Combien, mon Dieu? Quel monde brillant,
Les corps parés de perles et diamants!
Quelles belles jeunes filles! Mais quels trésors
De robes à traîne brodées d’or!
Sur les jeunes gens les justaucorps
Brillaient d’argent!

Les destriers en nage se cabraient
Et dans son panache qui flottait
Le vent vibrait, vif, vrombissant,
Lorsqu’un beau prince passait fièrement
Main à la hanche, l’autre appuyant
Sur son épée.

Puis vers midi l’on vit de loin
Grandir à l’horizon serein
Le beau carrosse du marié
Les beaux-parents, des invités,
Et quatre-vingt-dix chevaliers
Suivant le train.

Comme pour tout mariage princier
Un riche cortège les accueillait
Des gens de cour et foule immense,
Musique en têtes et belles danses;
Les chemin fut un tapis dense
De fleurs de mai.

Et lorsque tous ils s’arrêtèrent,
Prince Paltine mit pied à terre;
Se mirent à sonner à la fois
Canons, trompettes et hourras…
Mais que dis-je là? Les mots sont plats
Et trop austères!

Alors au bout d’un haut perron
De la blanche chambre du donjon
Parut Zamfira au pas léger.
Jolie comme un songe d’été,
Haute, les cheveux bouclés
Et blonds.

Une rose du val elle semblait;
Une ceinture d’argent serrait
Sa taille gracieuse; belle à rêver,
Elle était telle que je ne sais
De plus jolie imaginer
Dans mes pensées.

Doucement elle avança vers lui,
Et lorsque la main il lui prit
Elle rougit, troublée d’amour,
Puis au signal d’un jeune tambour
Se mit en marche toute la cour
Petit à petit.

Pendant l’office du mariage
Au son des flûtes sur le passage
Le peuple se mit à danser.
Pour dix jeunes filles cinq chevaliers
Avec, tous, des clochettes aux pieds,
Comme au village.

Trois pas à gauche doucement,
Trois petits pas à droite gaiement;
Les mains se lient et se délient,
On forme une ronde puis une longue file,
On frappe la terre d’un pied agile
Allègrement.

Quant au repas- un fleuve de vin!
Et tout un champ fut presque plein
De tablées des hôtes royaux
De duchesses, ducs, parents ducaux
Placés avec des généraux
Venus de loin.

Il y eut tant de joie, de chants,
L’on n’en avait jamais vu tant!
Le soleil même resta sur place
Heureux d’avoir enfin la chance
De voir autant de joie, de danses
Sur cette terre!

Il aurait fallu voir danser
Filles de rois et hôtes princiers,
Si jolies toutes et le corps beau,
Les yeux rieurs de renardeaux,
Les courtes robes volant très haut,
Les cheveux bouclés!

Princes et preux chevaliers
Dont les masses d’arme bien maniées
Avaient tué des dragons de Satan!
Si vous les aviez vus dansant,
Princes charmants, princes vaillants
Et chanceliers!

Le roi Panache même, voyant
Un nain barbu les regardant
Sur le côté, en spectateur,
Le fit danser! Et parmi les noceurs
Le nain sautillait de tout coeur
Comme un vaillant!

Les vieux sont durs à faire bouger,
Mais aussi durs à arrêter!
Les rois à la barbe fleurie
Et leurs conseillers érudits
Dansèrent quarante jours de suite
Sans se lasser.

Le bon roi Mugur, joyeux père,
Premier de tous entre les pairs,
Leva son verre rempli de vin
Suivant la coutume des Anciens
A toute noce entre Roumains,
Et ils toastèrent!

Il dit: Autant que de pavots que le vent sème
D’années aux mariés je souhaite,
Un petit prince dans un an d’abord
Doux et petit, puis grand et fort,
Et nous, nous danserons encore
Pour le baptême!

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