Vasile Alecsandri

Poète, prosateur et auteur dramatique, la vie de Vasile Alecsandri couvre le 19-e siècle presqu’entier. Né en 1818, il quitte ce monde, dont il a suivi de près les événements, en 1890. Il avait écrit ses premiers vers en français. Son recueil le plus connu a pour titre « Complaintes et Muguet » C’est un volume de pastels délicats, dans lesquels on retrouve une admirable évocation des paysages roumains suivant les saisons. Alecsandri a transcrit en vers de belles légendes et ballades roumaines. Il en a écrit lui-même d’autres. Enfin , il fut en 1859 le poète de l’Union des Principautés roumaines de la Moldavie et de la Valachie, dont il composa la chanson : « La ronde de l’Union », ainsi que le poète de la guerre d’indépendance de la Roumanie de 1877.

George Cosbuc – Les Noces De Zamfira

Longue est la terre et large assez;
Mais comme prince Flèche le fortuné
Jamais on n’aura vu de tel;
Et il avait une fille – si belle –
Comme une image sur un autel
A adorer.

Donc si fort courtisée elle fut,
Il n’y a là rien d’imprévu.
Et de la suite des chevaliers
Qui franchirent le seuil du palais
Ce fut bientôt le mieux aimé
Qui fut l’élu.

Le bien-aimé. Lui! Arrivé
Des tréfonds de l’Orient rêvé!
C’était un prince charmant et jeune
Et la belle lui offrit son coeur,
Car c’était Viorel, lui seul,
Sa destinée.

Le bruit alors partit courant
Aux quatre coins du continent
Qui sembla mince en sa largeur
Lorsque volèrent, coururent rageurs
Ces mots qui sont plus voyageurs
Que n’est le vent!

Hier partie de chez les voisins
L’étranger la nouvelle atteint,
Dès ce jour-ci et à la ronde
Dans chaque terre en princes féconde
Elle laissa les grands de ce monde
De joie empreints.

Alors quittant leurs trônes, alertes,
Rois, empereurs se mirent en fête,
Vêtus de pourpre et de velours.
Les dames mirent leurs beaux atours,
Vite arborèrent tous leurs bijoux
Pour y paraître.

Et lorsqu’enfin fut arrivé
Le jour de noce bien annoncé
On vit venir par vaux et monts
Du large cercle d’horizons
De quatre-vingt pays en rond
Les invités.

Dès que pointa l’aube vermeille
Vinrent, craquant sous leurs corbeilles,
Demoiselles et damoiseaux;
Par chemins lisses, par monts et vaux,
Grandes calèches à quatre chevaux
De vrais soleils.

Du plus profond du monde connu,
De tout endroit su ou bien vu
Soleil levant, soleil couchant,
Venaient essaims de rois puissants
Couronnés et hermine portant,
Comme y’en n’a plus.

Gruia le vieux baron arrive
Avec dame Sanda et leur fille,
Tintesh le bien installé
Et dame Lia sont arrivés
Et Bratesh au château perché
Dans les montagnes grises.

Combien, mon Dieu? Quel monde brillant,
Les corps parés de perles et diamants!
Quelles belles jeunes filles! Mais quels trésors
De robes à traîne brodées d’or!
Sur les jeunes gens les justaucorps
Brillaient d’argent!

Les destriers en nage se cabraient
Et dans son panache qui flottait
Le vent vibrait, vif, vrombissant,
Lorsqu’un beau prince passait fièrement
Main à la hanche, l’autre appuyant
Sur son épée.

Puis vers midi l’on vit de loin
Grandir à l’horizon serein
Le beau carrosse du marié
Les beaux-parents, des invités,
Et quatre-vingt-dix chevaliers
Suivant le train.

Comme pour tout mariage princier
Un riche cortège les accueillait
Des gens de cour et foule immense,
Musique en têtes et belles danses;
Les chemin fut un tapis dense
De fleurs de mai.

Et lorsque tous ils s’arrêtèrent,
Prince Paltine mit pied à terre;
Se mirent à sonner à la fois
Canons, trompettes et hourras…
Mais que dis-je là? Les mots sont plats
Et trop austères!

Alors au bout d’un haut perron
De la blanche chambre du donjon
Parut Zamfira au pas léger.
Jolie comme un songe d’été,
Haute, les cheveux bouclés
Et blonds.

Une rose du val elle semblait;
Une ceinture d’argent serrait
Sa taille gracieuse; belle à rêver,
Elle était telle que je ne sais
De plus jolie imaginer
Dans mes pensées.

Doucement elle avança vers lui,
Et lorsque la main il lui prit
Elle rougit, troublée d’amour,
Puis au signal d’un jeune tambour
Se mit en marche toute la cour
Petit à petit.

Pendant l’office du mariage
Au son des flûtes sur le passage
Le peuple se mit à danser.
Pour dix jeunes filles cinq chevaliers
Avec, tous, des clochettes aux pieds,
Comme au village.

Trois pas à gauche doucement,
Trois petits pas à droite gaiement;
Les mains se lient et se délient,
On forme une ronde puis une longue file,
On frappe la terre d’un pied agile
Allègrement.

Quant au repas- un fleuve de vin!
Et tout un champ fut presque plein
De tablées des hôtes royaux
De duchesses, ducs, parents ducaux
Placés avec des généraux
Venus de loin.

Il y eut tant de joie, de chants,
L’on n’en avait jamais vu tant!
Le soleil même resta sur place
Heureux d’avoir enfin la chance
De voir autant de joie, de danses
Sur cette terre!

Il aurait fallu voir danser
Filles de rois et hôtes princiers,
Si jolies toutes et le corps beau,
Les yeux rieurs de renardeaux,
Les courtes robes volant très haut,
Les cheveux bouclés!

Princes et preux chevaliers
Dont les masses d’arme bien maniées
Avaient tué des dragons de Satan!
Si vous les aviez vus dansant,
Princes charmants, princes vaillants
Et chanceliers!

Le roi Panache même, voyant
Un nain barbu les regardant
Sur le côté, en spectateur,
Le fit danser! Et parmi les noceurs
Le nain sautillait de tout coeur
Comme un vaillant!

Les vieux sont durs à faire bouger,
Mais aussi durs à arrêter!
Les rois à la barbe fleurie
Et leurs conseillers érudits
Dansèrent quarante jours de suite
Sans se lasser.

Le bon roi Mugur, joyeux père,
Premier de tous entre les pairs,
Leva son verre rempli de vin
Suivant la coutume des Anciens
A toute noce entre Roumains,
Et ils toastèrent!

Il dit: Autant que de pavots que le vent sème
D’années aux mariés je souhaite,
Un petit prince dans un an d’abord
Doux et petit, puis grand et fort,
Et nous, nous danserons encore
Pour le baptême!

George Cosbuc – Les ennemies

Laisse, mère, mes yeux, laisse-les pleurer!
Enfant de la main gauche tu m’as bercée
Pour que je sois si empotée.
Mais je n’ai pas, pardi, juré
D’aller en terre sans avoir pleuré!

Oh, pas que Leana me fasse peur,
C’est par dépit maman, que je pleure.
Ses mots je ne m’en soucie guère,
Mais j’en ai honte et mal, ma foi:
Elle dresse le village contre moi.

Chez les voisins elle me montre du doigt
Que je n’ai pas de fichu de soie
Ni tablier à fleurs ni dentelle, et puis quoi?
Je ne lui ai rien demandé, que j’aie ou non,
Et nul autre de notre maison.

Sur la route avec ses commères,
Leana se gausse: « J’enrage, ma chère,
Pensez, qu’elle se mesure à moi et fait la fière!
Imaginez, hier au moulin, son harangue:
Que je sois stupide et mauvaise langue!

Et savez vous ce qu’elle a en tête?
D’être la bru de Dame Luxette?
Quelle effrontée! Vous la voyez aux fêtes?
Quelle jupe! Ce n’est même pas croyable!
Signez-vous, vous en rêverez!

Je n’en voudrais, même obligée
Ce qu’elle se met, c’est à jeter.
Les mêmes vêtements pour travailler
Et le dimanche au bal, les mêmes,
Et depuis quand, dites, quand même!

Luxette est dame de qualité
Elle voudrait une bru fortunée,
Pour vivre riche, dans l’opulence.
Elle ne ramassera pas de sitôt
Sa belle-fille dans le ruisseau.

Qu’elle prenne pour bru une bougresse!
Mais c’est une gueuse, une pauvresse,
Que ne demande-t-elle l’aumône, après la messe?
Leur maison-même, n’est pas a eux
Et ils n’ont ni cendres ni feu!

Entends-tu, mère, ce qu’elle me dit?
Elle n’a de cesse ni répit
De me traiter de noms maudits!
Si je devais lui répliquer
On irait devant les jurés.

Elle coupe ma route en espérant
De moi quelque mot provoquant
Et si je me tais, elle enrage
se ronge les sangs!
Si tu entendais, mère, ce qu’elles disent,
Elle et sa mère parlent pour dix!

Sa mère tiendrait tête à une foule
Et de venin Leana se saoûle.
Elle me marcherait sur la tête, si elle pouvait
Mais je n’mourrais pas pour leur plaire,
Et leur pitié je n’en ai que faire.

Je ne suis pas mourante de faim
Et je tisse seule ma toile de lin,
Je m’habille comme le font les miens
Je n’ai pas d’ soie, j’ai ce que je peux,
Ni trop fameux, ni trop miteux.

Me mesurer a elle? Dieu grand!
Comment pourrais-je? Elle a de riches parents,
Quelle robe comme elle ai-je eu, ma foi,
depuis longtemps?
Au bal je suis toujours là-bas,
Avec les filles de mon état!

Et l’ai-je, moi, jamais taquinée?
Ai-je dit du mal d’elle et m’en suis-je moquée?
Vais-je me montrer bien mise pour la dépiter?
Je sais son hic, moi, c’est bien ça,
C’est lui, Lisandru, tout est là!

Mais quoi? Je le tiens ligoté?
Je le retiens? Voyez!
Il vient tout seul, de son plein gré
pour me chercher
Je ne vais pas la porte lui fermer au nez,
Et s’il s’attarde, comment le chasser?

Suis-je après tout à condamner
Si Leana cherche comme enragée
A l’attirer chez eux
à la veillée?
Si lui n’y pense , ni ne veut,
Elle jure et blasphème comme un gueux!

Elle peut lui faire des charmes par milliers
La vilaine crève de dépit.
Que je suis plus belle qu’elle
……
Elle peut bien être une princesse
Ce qui est a moi, a elle ne l’est,

Beau le bétail, bonnes les richesses,
Mais un garçon si on le laisse
Choisir à son coeur
sa promise
La fortunée garde ses boeufs
Elle vieillira seule avec eux!

George Cosbuc – Le combat de la vie

L’enfant ne sait guère ce qu’il veut.
Pleurer, là est tout ce qu’il peut.

Mais rien n’est si lâche et veule
Qu’un homme qui gémit et pleure

Ni ridicule comme les larmes
D’un combattant au champ honneur.

La vie est lutte, eh bien luttons,
Avec amour, avec ardeur

Au compte de qui? On ne vaut rien
Si on n’a pas de but majeur.

On a les siens! Si seul on est
Lutter pour tous est notre honneur!

C’est une sublime tragédie
Lorsqu’un soldat vaincu se meurt,

Mais son geste devient épopée
Si le héros finit vainqueur

Est un bouffon celui qui pleure
Un rien, un nul, un déserteur.

De quel côté que penche le sort
Vois ton devoir: sur place demeure!

Seuls vivent ceux qui la lutte acceptent
Le peureux se lamentent et meurent.

S’ils veulent mourir, les laisses faire
Car la mort est leur seul honneur.

George Cosbuc – La mère

Au gué les eaux rapides s’agitent
Et grondent sur leur passage
Les peupliers les soirs humides
Murmurent de tristes présages.
Au croisement de mille chemins
Qui tous au moulin mènent,
Je t’aperçois, ma mère, soudain
Dans ta maison lointaine.

Tu files. Dans l’âtre pauvre brûlent
Et doucement crépitent
Trois bouts de bois d’une vieille clôture
Et geint la flamme trop petite.
Elle brille à peine et de guerre lasse
Menaçant de s’éteindre…
Lumières et ombres s’entrechassent
Sans trop les coins atteindre.

Deux petites filles partagent ton sort,
Filant la même laine.
Elles sont si jeunes, leur père est mort,
Pourvu que George vienne!
Un conte de fées aux mille dragons
L’une d’elles se met à dire.
Tu écoutes à peine: le conte est long
Les soucis te déchirent.

Ton fil bien trop souvent se casse
Pensive, tu murmures
Des mots étranges à voix basse,
Les yeux fixant le mur.
Ton fuseau tombe, tu t’arrêtes,
La laine s’éparpille,
Tu la regardes absente, muette
Devant tes pauvres filles.

Oh non! Le doute n’est pas permis!
D’un bond tu pousses ta fenêtre,
Cherchant à transpercer la nuit.
« Qu’as-tu vu? Quelque spectre?
– Personne! Il m’a semblé entendre… »
Et la tristesse t’accable.
Chaque parole se met à rendre
Un son de chant macabre.

Puis sur le tard, sans plus les yeux
Lever de ton ouvrage:
« Je sens que je mourrai sous peu,
Je perds la tête, c’est l’âge!
Que sais-je encore à quoi je pensais!
Vous avez un grand frère.
Il m’a semblé qu’il arrivait,
Faisant crisser les pierres.

Ce n’est pas lui… Le voir revenir
Je revivrais une vie.
Mais il est loin. Je vais mourir
Sans que son bras m’appuie.

Ainsi le veut peut-être Dieu.
Tel est mon sort, ma peine:
Que je n’aie pas devant mes yeux
Mon fils à l’heure extrême. »

Il vente dehors. Le ciel est gris.
Seule dans la nuit tu veilles,
Les deux gamines sont dans leur lit,
Toi seule, ma bonne vieille,
Tu regardes l’âtre en pleurant:
« Si loin! Pourvu qu’il vienne! »
Et tu t’endors, à moi pensant,
Pour que tes rêves m’amènent.

George Cosbuc – L’hiver au village

Il s’est mis à tomber hier
Deux-trois flocons. Mais c’est fini.
Les nuages sont moins gris
Vers l’occident, ils s’agglomèrent
Sur le pays.

Sans soleil, il fait juste bon
La rivière est en fumée,
Le vent maintenant s’est calmé
Et un grand vacarme monte
De la chaussée.

Sur leurs luges une bande d’enfants
Descendent la côte en gaieté
Et de rire et se vautrer
Dans la neige se prosternant
Bon gré, mal gré.

Quel boucan! Comme un moulin
Tous ensemble ils font du bruit,
Comme à travers les haies de buis
Les moineaux se chamaillent pour rien
Avant la pluie.

Les grands se cherchent querelle
Et prêts à s’empoigner s’emportent
Les petits que la faim porte
Pleurnichent sans qu’on les appelle
Devant leur porte.

Près du coin voici paraître
Un bout d’homme haut comme un point.
Ses pas sont d’un pouce pas moins
Il est petit à croire peut-être
Qu’il n’est point.

Sa veste balaie par terre,
La traîner à peine il peut.
Cinq comme lui entrent en son creux
Le vent peut souffler, mon père
Tant qu’il veut!

Messager il parait être!
Sa mère au village l’envoie,
Très important il se croit
Il s’élance et veut paraître
Un homme déjà;

Il tombe, se relève sitôt
Repoussant vers sa nuque naine
D’un agneau entier la laine,
Un bonnet fourré plus gros
Que lui même

Nageant dans les neiges il avance,
Mais soudain les yeux brillants
Il s’arrête net voyant
Arriver la meute dense
Des enfants!

Vite il cherche un refuge
Un détour, il est perdu,
Mais les enfants déjà l’ont vu!
Et ils foncent sur leur luges
Bride rabattue.

« Regarde-moi donc quel bonnet
Gros comme une journée sans pain
Il porte un ours, ce malin,
Sept village y entreraient
Pour le moins! »

Certains se moquent de sa tête
D’autres aimables, mine de rien,
Ont juré sans goutte de vin
De faire perdre toute sa tête
Au bon chrétien!

Voici un vieille qui s’amène
Avec une veste déchirée
D’une corde de tilleul ceinturée
Elle s’arrête soudain amène,
Etonnée.

Puis en colère, mais, en vain,
Elle défend le Petit Poucet
– Vous êtes bien fous à lier!
Pauvre chat, donne-moi ta main
Pour t’en tirer!

Vous voulez avec des pailles
Eteindre une meule de foin
Qui a flambé. C’est pas roumain!
La vieille trouve dans cette marmaille
Un dur parrain

Comme une chouette on l’entoure
On lui fait cortège de cris
Sans lui donner de répit
Pleine est la ruelle autour
De leur bruit.

Pas moyen de leur faire suivre
Leur chemin de leur plein gré
Ils rient et sautent à cloche-pied
Ils tournent, crient et, les poursuivent
Acharnés.

La vieille a perdu la face:
Elle frappe, jure, joue des mains.
– Diables, êtes-vous des païens?
Oh! Bonne mère! Il faut une masse
Comme pour les chiens!

Avec son bâton elle tourne
Pour dégager une allée
Mais à peine son chemin elle fraie
Que la foule y retourne
A toute volée.

Ainsi toute la bande avance
Dans un terrible boucan;
La vieille, capitaine du clan,
Se signe cherchant défense
Contre Satan.

Les chiens sont de la partie.
Ils sautent, aboient excédés,
Les femmes viennent regarder,
Des vieux sortent de leur taudis
Etonnés.

« Quel est ce vacarme qui monte de la rue? »
Ce n’est rien. Des gosses braillards
Ca alors, quel tintamarre!
On dirait une cohue
De Tartares.

George Cosbuc – L’été

Sans but je regardais au firmament
Dans sa sauvage splendeur
Le mont Ceahlàu, à l’Occident,
Loin dans le bleu du ciel baignant
Son front géant, dans la solaire ardeur,
la garde du pays montant
Pareil à un mystère errant
Un nuage du sommet voisin
Flottait dans le gouffre serein
N’ayant plus d’ailes pour s’envoler!
Et l’air entier était tout plein
De chants d’oiseaux tout gazouillants;

Alors, ivre de charme, les yeux
Je tournais vers la terre, les champs,
Et les épis dansaient au vent
Comme, dans la ronde aux joyeux chants,
Les jeunes filles blondes en cheveux
Lorsque tressaute leur long vêtement.
Garçons et filles dans les blés mûrs
Une doïna en choeur chantaient,

La vie dans leurs yeux brillait,
Le vent jouait dans leurs cheveux,
Des agneaux blancs à la source couraient,
De gris étourneaux en bandes s’envolaient.

Combien tu es belle et parée
O nature, comme une vierge sereine
Au pas chéri, au visage adoré!
Je voudrais de bonheur pleurer,
Sentir ton souffle divin,
Voir ce que tu as créé!
Mon coeur est de larmes trop plein,
Car tous les miens ont, tour à tour, été
Enterrés là et j’y serai de mon côté!
C’est une mer – mais une mer sereine –
Nature, que ma tombe et ton sein,
Tout y est chaud et tout y est lumière.

George Cosbuc – A Pâques

Les branches sont pleines de gazouillis,
Plein de soleil est l’air
Et de blancs chattons les saules sont garnis –
Tout est en paix, ciel et terre.
La souffle chaud du beau printemps
Arrive au jour de la Résurrection.

Et comme il fait beau au village!
Arrivent silencieux les chrétiens de la vallée
Et deux se rencontrant au passage
Se saluent par: Le Christ est ressuscité!
Et leur vissage par le soleil halé
Offre à la fête un sourire étalé.

Un petit vent à peine berceur
Murmure dans l’air des mots glacés:
Le vol bruissant de l’âme des leurs
Les arbres baissent leur front aussi
Au passage du Saint-Esprit.

Le calme règne. Et de l’autel
Le chant en vers longs psalmodiés
S’élance au loin dans les vallées –
Et les cloches sonnent à toute volée
Oh, Dieu! Les entendre d’en bas
Rire joyeusement et pleurer au trépas!

L’église là-haut sur la colline,
Est pleine aujourd’hui de lumière,
Car tout ce monde exulte et espère
En cette pensée du ciel bénie
En nos actes est notre sort
La vie est tout, non pas la mort.

Sur la colline montent doucement
Jeunes épouses et jeunes filles,
Vieilles gens la chevelure enneigée par la vie;
Et doucement derrière tout le monde,
Avance hésitante une vieille femme
Tenant son petit-fils par la main.

Ah, à nouveau tu me reviens,
Toi, mère de mes jeunes soeurs!
Je sais qu’en ces jours-ci tu pleures
Encore ton enfant qui ne vient !
Sourire aujourd’hui le Ciel nous commande –
C’est Pâques! Ne pleures pas maman!

George Cosbuc

Né en 1866 et mort en 1918, George Cosbuc est un poète du village roumain et de la nature ; un poète à l’optimisme robuste et sans complexes . Il débute par la publication du poème « Les Noces de Zamfira ». Son premier volume paraissait en 1893 sous le titre de « Ballades et idylles ». Trois ans plus tard, en 1996, Cosbuc publie son volume de « Fils à retordre ». Les poèmes de ce volume sont plus graves que les précédents. Enfin, son troisième volume « Chants de bravoure » parait en 1904. Entre temps Cosbuc avait traduit en roumain l’Odyssée, l’Enéide et la Divine Comédie., ainsi que le poème sanskrit Sakuntalà de Kalidasa. Il était devenu aussi membre de l’Académie.

Alexandru Macedonski – Le Rondeau Du Pont D’Onyx

Le pont d’onyx soudain ploie
Sa haute voûte gracile arquant
Et des feuilles une à une choient
Sur l’azur clair de l’étang.

Du côté soleil-couchant
De sanglants torrents rougeoient.
Le pont d’onyx soudain ploie
Sa haute voûte gracile arquant.

Des mandarins devisant
Des signes de pluie voient
Tandis qu’une barque ondoie
Sur les eaux en trésautant,
Sous le pont qui soudain ploie.

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