Alecu Vacarescu – Ta Beaute Entiere

Si le miroir te montrait
Pleine et entière ta beauté;
Alors tout comme moi,
Tu t’inclinerais devant toi.

Il n’y aurait nul moyen,
Ton visage regardant bien
Sans qu’en idôlatrie extrême
Tu ne tombes devant toi-même.
Lorsqu’en lui les yeux tu plonges ,
Le miroir en devient sombre ;
Et l’image qui surnage
N’est point la tienne, mais ton ombre.

Alors, ne fais plus confiance
Aux miroirs, car leur balance
Est trompeuse
Elle te parle en menteuse.
Si vraiment te voir tu veux,
Fais donc confiance à mes yeux,
Car ni ne te mentent,
Ni eux-mêmes se trompent.
Tâche en eux de te voir claire,
Telle que tu nous éclaires
Et dans leur miroir
Connais ton plein pouvoir.

Crois mes yeux lorsqu’ils te disent,
Qu’à toi seule ils obéissent ;
Et que tu es tout naturellement
Pour eux, le Dieu du firmament.

Alecu Vacarescu – Satyre

Que le monde est instable, il n’est plus que mensonge !
Toute famille n’est plus que faux-semblant et hargne masquée.
La société entière est un combat de foire, l’humanité est transformée.
De tous côtés il n’y a qu’ennemis et personne à qui se fier.
Chacun en ma présence est mon homme, mais dès que je m’absente

Au monde il appartient.

Tous en tromperies abondent, personne à admirer.
Les serviteurs de Dieu ont le visage masqué.
Ils vous bénissent d’abord, puis vous mordent en serpents.
On ne peut pas partir. La nuit en plein jour descend.
Et le danger vous guette, si vous cherchez la clarté.
Tout jugement n’est qu’injustice et iniquité.
De quel côté qu’on aille, le mensonge est roi.
Et si j’appelle au secours mes parents en émoi,
Au lieu de me conforter, on cherche à m’attrister.
Mes amis sont des loups, injustes en amitié.

Iancu Vacarescu – La Voix Du Peuple Sous Le Despotisme

Révolte-toi, mon cœur, contre tant de patience !
Ta révolte soit terrible, après l’horrible souffrance !
Qu’il tremble ! Et que tremble l’infâme tyrannie ;
Qu’elle morde la poussière, que cesse l’avanie !
Que son corps et son nom jusqu’aux enfers descendent !
Que ses nombreux amis avec la tyrannie sombrent !
La justice faisant, le peuple est dans son droit ;
Son sage jugement dans ses actes se voit.
Les fils de la liberté sont tous sous sa banière,
L’esclave déchire ses chaînes ! Les justes unis sont fiers.
Le peuple confiera la bare à ses fils bien élus.
Et les despotes châtiera pour qu’ils ne règnent plus ! .
Que tremble ! Oh, que tremble l’odieuse tyrannie !
Brisé sera celui, qui pense la faire revivre.

Ienachita Vacarescu – Pauvre Tourterelle

Oh, bien pauvre tourterelle,
Demeurée si seule et frêle,
Sans son époux pris pour cible ;
Sa tristesse est indicible.

Tant qu’elle vit, son deuil elle porte,
Plus d’ami elle ne supporte.
Elle passe par fleurs et bois,
Ne regarde ni ne voit.

Elle traverse le jardin vert,
Et s’en va , au loin se perd.
Volant jusqu’à perte de soi,
Sur bois vert guère ne s’asseoit.

Si quelque part elle se pose,
C’est sur du bois sec, morose ;
Elle ne mange, ni ne boit.

Là où une eau claire elle voit,
Elle la trouble et s’en va ;
Si une eau troublée est là,
Plus la trouble et là elle boit.

Si quelque chasseur s’annonce,
De ce côté-là elle fonce,
Qu’il la tire et qu’elle tombe,
Pour qu’elle cesse de se morfondre.

Si un pauvre oiselet
Dans son cœur si meurtri est,
Jusqu’à en vouloir s’éteindre,
Pour son tendre époux rejoindre.

Alors, moi, homme de qualité,
Empreint de sensibilité,
Comment puis-je être heureux ?
Oh ! Amertume et malheur !

Costache Conachi – La mer si tu regardais

Si la mer tu regardais
En ses moments tourmentés
De terribles déchaînements,
Si la voyais s’élancer
Contre ses côtes se heurter
Furieusement…
Et au large un petit canot
Tout entouré par les flots

Qui par instants apparaisse,
Avec un homme tout en pleurs
Qui te montre son malheur

Par des cris de détresse…
La mort il voit, fuir ne parvient,
Les mains tend et rien n’atteint

Mais se berce d’illusions :
Est-ce possible de ne point
Ressentir quelqu’émotion

Devant si grand désarroi ?
Et d’un si sauvage coeur
Regarder avec bonheur

Vers un homme qui se noie ?
Or, ce malheureux rameur
Que l’amour punit sur l’heure,

C’est moi, ma très noble Dame.
Et la mer sans fin aucune
Est le feu qui me consume,

Dont ne baisse guère la flamme !
Quant à la pitié divine
Qui me sauve de la ruine,

C’est votre clémence à vous !
N’ayez, soit, guère pitié,
Mais permettez-moi d’approcher,

Que je pleure à vos genoux

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